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MANK Optical : produire localement pour voir plus loin.

 

À l’occasion du 66ᵉ anniversaire de l’indépendance de la République du Congo, le Gouvernement, sous la très haute impulsion du Président de la République, a choisi de mettre à l’honneur 20 talents d’exception de la diaspora congolaise. Parmi eux, Joël MANK, designer-lunetier de précision installé à Paris et spécialiste de la fabrication sur mesure de verres correcteurs. C’est lors de cette rencontre que l’entrepreneur a annoncé le lancement de MANK Optical Group, un projet industriel inédit consacré à la fabrication locale de verres optiques. À travers cette initiative, il entend transférer au Congo un savoir-faire de haute précision, créer des emplois qualifiés et contribuer à faire passer le pays d’une économie d’importation à une économie de production.

  1. Vous êtes aujourd’hui au Congo avec un projet industriel présenté comme une première dans le domaine de la fabrication de verres optiques. Qu’est-ce qui vous a poussé, depuis la diaspora, à investir dans cette industrie au Congo et pourquoi avoir choisi le secteur de l’optique ?

C’est un double constat de designer et d’opticien engagé : l’Afrique Centrale en général, et le Congo en particulier, subissent une dépendance totale vis-à-vis des importations pour la santé visuelle. Attendre 3 à 4 semaines pour obtenir une paire de verres progressifs importés d’Asie ou d’Europe est une aberration logistique et un coût exorbitant pour nos populations. En tant que Congolais de la diaspora, mon ambition n’était pas de simplement importer pour revendre, mais de transférer une technologie de pointe chez nous. L’optique est à la croisée de la santé publique, de l’ingénierie et de la souveraineté économique : équiper les yeux de nos concitoyens, c’est leur donner les moyens d’étudier, de travailler et de produire.

 

  1. 2. MANK Optical Group ambitionne de produire localement des verres jusqu’ici largement importés. Concrètement, comment fonctionnera cette usine ? Quelles seront ses capacités de production et quels types de verres pourra-t-elle fabriquer ?

L’usine Mank Optical Group Congo repose sur un laboratoire de surfaçage numérique de technologie Freeform de dernière génération, couplé à une unité de traitement sous vide (salle blanche ISO). L’ordonnance, nous partons de palets bruts que nos génératrices sculptent au micron près à partir de l’ordonnance de l’ophtalmologue, avant d’y déposer des microcouches anti-reflets, anti-rayures et filtres anti-lumière bleue.

Nous serons capables de fabriquer l’ensemble de la gamme : verres uni focaux, astigmates, et surtout verres progressifs complexes de haute précision. Nos capacités de production initiale nous permettent d’alimenter tout le réseau national (Brazzaville, Pointe-Noire, Oyo, Dolisie) et d’exporter nos verres en marque blanche sous la marque AFRICA LENS vers Kinshasa et la sous-région, en réduisant les délais de livraison à moins de 48 heures.

  1. 3. Au-delà de la production, l’enjeu est aussi celui de la création de valeur locale. Combien d’emplois directs et indirects ce projet pourrait-il générer et quelles compétences comptez-vous développer au Congo ?

Dès la première année, la phase d’amorçage génère 14 emplois directs hautement qualifiés (techniciens d’usinage numérique, opticiens-visagistes, spécialistes de la maintenance industrielle, logisticiens), pour atteindre plus de 50 emplois directs d’ici 5 ans. Indirectement, nous créons un écosystème avec des dizaines d’emplois chez nos partenaires distributeurs et professionnels de santé.

Au-delà des chiffres, notre priorité est la montée en compétences : nous mettons en place un programme complet de formation locale au métier de surfaceur optique et de technicien de traitement sous vide, des spécialités industrielles inexistantes au Congo jusqu’à présent.

  1. 4. Le Congo importe encore une grande partie de ses produits manufacturés. Votre projet peut-il être considéré comme un exemple de transformation d’une économie d’importation en une économie de production ? Et quelles autres industries pourraient, selon vous, suivre cette voie ?

 

 

C’est exactement la philosophie du projet de société national : passer du « Tout Importé » au « Fabriqué au Congo ». Mank Optical Group prouve qu’il est possible de réaliser de l’industrialisation à haute valeur ajoutée sur notre territoire. L’industrie médicale et pharmaceutique, l’assemblage électronique léger, le conditionnement agroalimentaire ou encore la transformation du bois pour le mobilier de précision sont autant de secteurs qui doivent et peuvent emboîter le pas. L’Afrique centrale ne doit plus être un simple marché de consommation, mais un pôle de production.

  1. Vous avez construit une partie de votre expérience entrepreneuriale à l’étranger. Quelles difficultés avez-vous rencontrées en décidant de rapatrier une partie de votre savoir-faire et de votre investissement au Congo ? Et qu’attendez-vous aujourd’hui de l’État pour faciliter ce type d’investissement de la diaspora ?

Le plus grand défi réside dans la lourdeur des démarches administratives et la perception du risque par les institutions financières traditionnelles. Rapatrier des technologies de pointe nécessite des infrastructures stables, notamment au niveau de l’énergie et des douanes.

De l’État, nous attendons une concrétisation fluide des incitations du Code des Investissements (exonérations douanières sur l’équipement industriel) et une vraie priorité accordée à la commande publique pour les entreprises qui produisent localement. Il est capital que les guichets d’accompagnement de la diaspora et les fonds d’impulsion aux PME soient réactifs pour encourager ceux qui franchissent le pas.

  1. Votre projet intervient également dans un secteur qui touche directement à la santé et à l’accès aux soins visuels. La production locale peut-elle permettre de réduire les coûts des verres correcteurs et d’améliorer leur accessibilité pour les populations congolaises ?

Absolument. En supprimant les intermédiaires internationaux et en réduisant drastiquement les frais de transport et de douane sur les produits finis, nous comprimons les coûts de revient. Cela nous permet de proposer des verres sur-mesure de qualité internationale à des tarifs nettement plus abordables pour les familles congolaises.

De plus, à travers la Fondation MANK, adossée à notre groupe industriel, nous mettons en place des campagnes de dépistage gratuit et la fourniture de « Packs Solidarité » équipant à prix coûtant les enfants en milieu scolaire et les populations vulnérables.

  1. 7. Enfin, au-delà de MANK Optical Group, quel message cette expérience adresse-t-elle aux Congolais de la diaspora qui disposent de capitaux, de compétences ou de technologies et qui hésitent encore à investir dans leur pays d’origine ? Le Congo peut-il réellement devenir un territoire d’investissement et de production pour sa diaspora ?

Mon message est direct : l’Afrique ne se construira pas sans nous, et c’est sur le terrain que les opportunités se saisissent. La diaspora possède une expertise et un réseau uniques, mais ces atouts ne prennent de la valeur que lorsqu’ils sont incarnés dans des projets locaux concrets. Le Congo est en pleine transformation et cherche des partenaires stratégiques pour diversifier son économie. Oui, il y a des contraintes et des réalités de terrain, mais avec une structure juridique rigoureuse, de la ténacité et une vision claire, le Congo est bel et bien une terre d’opportunités industrielles et d’avenir pour sa diaspora.

 

Propos recueillis par Ame césar Sehossolo