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Pascaline KABRE TURMEL, l’architecte derrière le Carrousel international de la mode raconte son histoire sur asos-mag .

Depuis treize ans, le Carrousel International de la Mode s’impose comme l’un des rendez-vous majeurs de la mode africaine en Afrique centrale. Du 4 au 7 juin à Pointe-Noire, créateurs, stylistes, mannequins et professionnels venus de plus d’une dizaine de pays se retrouvent autour du thème : « Textiles africains : de l’héritage à la valeur mondiale ». Une édition placée sous le signe de la valorisation du patrimoine textile africain, de la formation aux métiers de la mode et de la promotion des talents émergents. Dans cette interview, Pascaline Kabré Turmel, promotrice de l’événement, revient sur le parcours du Carrousel, les enjeux de la labellisation du textile africain et les perspectives d’internationalisation de la mode africaine.

Asos : Mme Pascaline bonjour, et merci de nous recevoir. A l’occasion de la 13ème édition du Carrousel international de la mode, pouvez-vous vous rappeler pour ceux qui ne vous connaissent pas , qui est Mme Pascaline KABRE TURMEL? et comment en êtes-vous arrivé là ?

P : Je suis Pascaline KABRE TURMEL, promotrice du Carrousel International de la mode, qui est cette année à sa 13ème édition. L’objectif du Carrousel (cette année) c’est de valoriser le textile Africain et mettre en avant les talents émergents .En parlant de talent émergent on utilise de moins en moins l’expression « jeune talent », parce que un talent peut ne pas être jeune et être émergent .On parle d’émergence par ce que ça peut être à partir de 15 ans , 16 ans  qu’on démarre dans la mode tout comme ça peut être à partir de 40 ans qu’on découvre qu’on a un talent dans la couture et qu’on peut être styliste .C’est pourquoi on préfère parler de jeune émergent plutôt que jeune talent . 

Comment j’en suis arrivé là, faut rappeler que le Carrousel de la mode est né au Burkina Faso en 2005 , où j’avais créé une agence avec un groupe d’amis et on avait fait notre 1re édition en 2006 au Burkina puis une édition en 2007. Ensuite le groupe s’est disloqué et j’ai suivi mon mari ici , et j’ai du reprendre à zéro d’où j’ai réussi à faire la 1re édition ici en 2013 .

Asos : Le thème de cette année est ‘textiles africains de l’héritage à la valeur mondiale’, quel en ai l’objectif ?

P : L’objectif c’est de faire une suite logique du thème de l’année dernière qui était : la labellisation du textile africains . Nous partons du principe qu’un textile labellisé, peut conquérir le monde et s’affirmer .Si tu ne t’approprie pas ton identité, tu ne peux pas t’attendre à être reconnu . Il ya donc eu des master class autour de ce thème pour que les stylistes émergent comprennent l’importance d’être labellisé pour éviter un tant soit peu les imitations et autres pratiques qui dévalorise le textile africain . Cette année on va sur ce thème de textiles africains de l’héritage à la valeur mondiale’ parce que quand tu labélisé ton textile après tu peux prétendre aller à la conquête d’autres marchés internationaux de la mode .On aura une formation justement autour du sujet durant lesquelles on invite les talents émergents , stylistes et journalistes à y participer parce qu’on ne veut plus simplement être des jolies filles , des beaux garçons qui montent sur un podium sans comprendre les enjeux de l’industrie de la mode .Beaucoup de personnes vivent de leur créativité et donc l’objectif est de savoir que dans l’industrie de la mode on a les métiers de la mode . Il y’a les stylistes, les modélistes, les maquilleurs etc et tout cela constitue des métiers dans lesquels on peut se spécialiser.

Asos : L’héritage du textile africain repose sur quoi ? 

: Sur nos valeurs culturelles par ce que chacun a sa culture mais on peut composer ensemble sur une même scène qui est la mode .Nos tenues révèlent notre identité . On peut savoir si celui-ci est de telle tribu ou de telle nationalité grâce à sa tenue ou son style vestimentaire . Nous devons donc s’en approprier et le faire connaître au monde .

Asos : Pensez vous aujourd’hui que le textile africain a les moyens de s’exporter vers le marché international ?

P : Bien sûr c’est déjà le cas sous d’autres cieux. On a vu des grands noms de la mode comme Dior qui a rendu visite à des grands noms de la mode africaine comme Pathé’O , on a vu des tenues de Dior faites avec du textile africain. C’est pour dire qu’on commence à nous accepter dans ce monde fermé et c’est en parlant ensemble qu’on crée notre place. Donc je dirai que oui, on est valorisé, accepté et même imité .Sauf que c’est à nous de labéliser notre textile pour que les gens viennent s’en procurer sur le continent au lieu de faire des imitations. 

Asos : Pensez vous que certains arrivent déjà à exporter leurs collections africaines ?

P : Au Congo quelques uns oui, mais c’est encore timide , pour plusieurs raisons, déjà que ce que nous produisons ne suffit pas pour le territoire Congolais donc il nous faut d’abord satisfaire la demande locale .Je pense aussi qu’il faut plus de raphias, plus d’industries .Mais ailleurs comme au Burkina je connais de nombreux stylistes qui exportent vers l’Europe ou l’Amérique . Mais ce qu’il faut reconnaître c’est que nombreux ont des clients qui commandent pour leur propre collection pour avoir des modèles uniques .

Asos : Parlons de commercialisation, certains pensent que les prix des articles confectionnés en afrique sont hors de portée pour les consommateurs qu’en pensez vous ?

P : Je dis que c’est un prétexte non justifié par ce que les mêmes qui estiment que les prix des models sont chers, sont les mêmes qui sont prêts à commander des tenues à l’étranger à des prix exorbitants. Je pense que c’est un manque de volonté, un manque de respect pour la mode africaine qui est d’une créativité sans pareil. De plus, en Europe ce qui est fait à la main coûte cher et ce que nous produisons est le fruit d’un dur travail de nos stylistes et artisans fabriqués de leurs propres mains et cela mérite un respect.

Propos recueillis par Ame césar Sehossolo

Pour le Mag de l’Asos.