Lors de notre entretien avec Bavon Kwété, artisan et président du village des artisans, notre attention a été attirée par un masque ancestral datant d’avant la colonisation. En nous renseignant sur son prix, nous avons découvert une réalité particulière : ces objets, considérés comme inestimables, ne sont pas vendus selon des critères classiques. Leur acquisition dépend du profil de l’acheteur, de son appartenance ethnique, de son statut d’étranger ou non, et parfois même de la relation établie avec le vendeur. Face à cette singularité, notre équipe a choisi de s’intéresser de plus près à ces pièces anciennes, porteuses d’histoire et de savoirs souvent méconnus.
La scène se déroule au village des artisans, plus précisément à l’un des ateliers de ce village hier centre névralgique de la création manuelle, aujourd’hui dispersé sous l’effet des transformations urbaines liées à l’expansion du terminal pétrolier. Si l’on peut retrouver proximité de la poste centrale, des peintres, installés à l’ombre de murs usés, plus loin encore, aux abords du stade Anselmi, quelques artisans perpétuent l’art délicat de la fonte à la cire perdue. Cette technique ancestrale donne vie à des figurines en bronze pleines de mouvement, représentant des scènes de la vie portuaire : dockers au travail, femmes de marché, pêcheurs tirant leurs filets. Chaque pièce semble suspendre le temps, comme si le bronze retenait une part de l’âme de Pointe-Noire. Et juste à côté au creux de l’atelier dans sa partie la plus ombragée et lugubre, se cache une série de masque et pièce ancestraux gardés par Bavon Kwété un sexagénaire encore d’aplomb.
Interview – M. Kwété, artisan et président du village des artisans
Pouvez-vous vous présenter et nous expliquer votre rôle ?
Je suis Bavon Kwété, artisan et président du village des artisans. Mon rôle est de coordonner les activités des artisans, de valoriser notre savoir-faire et de préserver les traditions artistiques.
Comment s’organise votre espace de travail ?
Nous combinons deux univers : à droite, les pièces modernes, et à gauche, les œuvres ancestrales. Cela permet de montrer à la fois l’évolution et la continuité de notre art.
Comment définiriez-vous le métier d’artisan ?
Un artisan est quelqu’un qui crée à partir de ce qu’il imagine. Il transforme une idée en objet. Parfois, il s’inspire de son esprit, parfois des modèles apportés par les clients, qu’il reproduit selon leurs attentes.
Travaillez-vous uniquement à partir de votre imagination ?
Pas toujours. Certains clients viennent avec des modèles précis. Dans ce cas, nous adaptons notre travail pour répondre à leurs besoins, tout en gardant notre touche artistique.
Quelle est l’importance du raphia dans votre culture ?
Le raphia est un matériau traditionnel utilisé par nos ancêtres bien avant la colonisation. Il fait partie de notre identité culturelle.
Existe-t-il différents types de raphia ?
Oui. Il y a par exemple le raphia de Djambala, lié au royaume Téké, et celui du royaume Kuba en République démocratique du Congo. Chaque région a ses particularités.
Quels sont ses usages aujourd’hui ?
Aujourd’hui, le raphia est toujours utilisé. Certains en commandent pour des mariages coutumiers ou pour fabriquer des objets comme des taies d’oreiller.
Quelles sont les différences entre les modèles ?
La matière reste la même, mais les différences se situent dans le tissage, la couture et les motifs.
Que représentent les pièces anciennes que vous exposez ?
Ce sont des objets qui représentent les différentes tribus d’Afrique centrale, notamment du Congo, de la RDC et de l’Angola.
Comment reconnaître leur origine ?
Chaque pièce porte des signes distinctifs. Par exemple, les scarifications sculptées peuvent indiquer qu’il s’agit du peuple Téké. Chez les Bembé, les motifs et inscriptions renvoient aussi à une identité précise.
Que racontent ces objets ?
Ils reflètent la culture, les traditions, les origines et même la situation géographique des peuples.
Quelle est la signification des masques ?
Les masques ne sont pas de simples objets. Ils servent à relier le monde des vivants à celui des esprits.
Quel rôle jouent-ils dans la société ?
Ils interviennent lors des cérémonies et des fêtes. Ils permettent de transmettre l’histoire des clans, d’honorer les ancêtres et de maintenir l’ordre social.
Que représentent-ils visuellement ?
Certains masques représentent la beauté et la force. D’autres prennent la forme d’animaux importants comme l’éléphant, l’antilope ou le faucon. Parfois, ils mélangent des traits humains et animaux.
Quelle est la valeur de ces objets ?
Ces pièces ont une valeur culturelle et symbolique très forte. Elles représentent l’histoire et l’identité des peuples.
Peuvent-elles être vendues à tout le monde ?
Pas toujours. L’accès à certaines pièces dépend du profil de l’acheteur, de son origine, et parfois de la relation avec le vendeur.
Comment préserver ce patrimoine ?
Il est important de transmettre ce savoir aux jeunes générations et de continuer à pratiquer ces arts pour qu’ils ne disparaissent pas.
A l’issue de cette interview, nous avons pu nous procurer les masques tant convoités et à bon prix. Faut croire que nous avons fait bonne impression pour qu’il nous les concède volontiers. Je vous conseille de faire un tour au village des artisans lors de votre prochain détour à Pointe Noire souvent appelé Ponton la belle.
Ame César SEHOSSOLO



