De Pointe-Noire aux plateformes mondiales : l’Afrique en 3D selon Dom Fred

De Pointe-Noire aux plateformes mondiales : l’Afrique en 3D selon Dom Fred
Réalisateur et animateur 3D d’origine congolaise, Dom Fred s’impose comme l’un des
pionniers africains de l’animation 3D indépendante à l’international. Grâce à des
méthodes de production innovantes et à une vision résolument tournée vers l’avenir, il a
su porter Space Agents – The Mysterious AX jusqu’aux plateformes mondiales comme
Amazon Prime et Apple TV. Dans cette interview, il revient sur son parcours, l’accueil de
son film, sa vision de l’intelligence artificielle et ses ambitions pour le développement de
l’animation en Afrique, et plus particulièrement au Congo.

1️/ Asos : SPACE AGENTS – THE MYSTERIOUS AX est sorti aux États-Unis et en
France. Comment le film a-t-il été accueilli par le public et les professionnels du
secteur ?
Dom Fred : Je suis Dom Fred, réalisateur et animateur 3D. En 2023, j’ai réalisé Space
Agents, un film d’animation 3D produit grâce à Unreal Engine, une technologie en temps réel
encore peu utilisée au cinéma à l’époque et initialement destinée au jeu vidéo. Cette approche
m’a permis de réduire considérablement les contraintes techniques et les délais de production,
habituellement très longs pour un film d’animation.
Le film est d’abord sorti aux États-Unis, où il a été bien accueilli, avec plusieurs sélections et
prix en festivals, ainsi que des retours positifs de professionnels du secteur. Il a ensuite
rencontré le public français, puis africain, notamment en Côte d’Ivoire, avec un accueil tout
aussi encourageant.
Pour un film d’animation indépendant, réalisé avec un budget restreint par un réalisateur
africain et diffusé sur Amazon Prime et Apple TV, l’accueil du public et des professionnels a
été très satisfaisant.

 

2/Asos :Vous avez commencé avec la publicité et vous vous êtes
progressivement tourné vers le numérique et l’animation 3D. À quel moment
avez-vous compris que c’était là que vous vouliez aller ?

J’ai commencé avec la 3D et la publicité à Pointe Noire dans une chaîne privée ,au début des
années 2000 donc on était qu’en même les pionniers avec cette possibilité de mettre en avant
les premières méthodes de production qui étaient encore embryonnaire qui étaient encore en
phase d’évolution puisque les logiciels coûtaient excessivement chers le matériel était pas
accessible .
C’est à partir de 2004 que j’ai compris que la 3D allait vraiment prendre une place importante
dans la publicité et dans les films documentaire et avec l’expérience que j’avais eu au sein de
la télévision à une époque où déjà nous étions que deux ou trois au pays à se lancer dans cette
forme de production ce qui faisait qu’on avait une certaines longueur d’avance dans ce
domaine on voyait comment le monde de la production numérique avançait et on a essayé de
tirer notre épingle du jeu .

Autre point intéressant c’est que la 3D réduisait mes coûts de production par ce que je n’avais
pas souvent besoin des personnes réelles pour réaliser des publicités. Avec le temps quand je
suis arrivés en France, j’ai voulu approfondir mes connaissances dans le domaine notamment
avec les effets spéciaux , les cascades j’ai vraiment réalisé que c’était important pour moi de
rester dans cette direction-là.

 

3/Asos : Y a-t-il eu un déclic particulier dans votre parcours ? que pensez-
vous de l’IA, bonne ou mauvaise pour l’avenir ?

D.F : Le déclic remonte à l’enfance : je voulais déjà faire de l’animation. Mon père me l’a un
jour rappelé, et surtout, le fait de comprendre qu’on pouvait en vivre m’a poussé à m’investir
pleinement dans cette passion. En Afrique, et particulièrement en République du Congo où il
n’existait ni écoles ni véritable filière d’animation, le parcours n’était pas simple. J’ai donc
choisi une voie alternative en me formant à la programmation afin d’acquérir de solides bases
en informatique.
Concernant l’intelligence artificielle, elle existe depuis longtemps sous différentes formes,
GPS, Google etc. Ce qui change aujourd’hui, c’est sa puissance et son accessibilité au grand
public. Pour moi, l’IA est avant tout un outil : elle offre davantage de possibilités créatives,
mais comporte aussi des limites. Tout dépendra de l’usage que l’on en fait.

4 /Asos : Dans le cadre du projet NKOA, vous avez animé une master class en
Martinique sur les nouvelles méthodes de production en temps réel. Pourquoi la
transmission est-elle devenue un axe important de votre travail ?

 

DF : Je travaille sur des méthodes révolutionnaires de production et donc faisant
partie des pionniers de ces méthodes novatrices j’hésite pas à participer à des
partages d’expériences à travers le monde .Dans le cadre du projet NKOA qui est un
projet en développement et dont je suis le producteur exécutif , on a utilisé le temps réel pour
produire ce projet incroyable .L’objectif était de pouvoir faire une master class avec les
étudiants et les participants venus de plusieurs horizons à travers le monde pour comprendre
notre vision de l’art d’animation .
Vu ces nouvelles technologies que je maitrise aujourd’hui depuis plus de 15 ans, et plus de 24
ans de façon générale que je suis dans le domaine ça me permet de répondre à des questions
sur des contraintes techniques et pour moi ces activités m’aident à combler un besoin de
partage, pour préparer la relève et dire aux jeunes que tout est possible il suffit de travailler
dur et d’y croire .Et ça me permet de voyager à travers le monde et même en Afrique
notamment dans mon pays au Congo où j’ai participé à des master class sur la production
audiovisuelle .


5 /Asos : En décembre dernier, vous étiez en Chine pour visiter un grand studio
d’animation et échanger autour de futures collaborations.

Que vous a apporté cette immersion au cœur de l’industrie asiatique de l’animation ?
Oui en décembre nous étions à Shenzhen avec mon collaborateur Alick Macaire qui est
aussi le co producteur de mon Film Space Agent, disponible sur Amazon Prime
depuis 2023.L’objectif était de partager ces nouvelles méthodes en présence de grands réalisateurs asiatiques, puisque l’animation en temps réel s’allie un peu avec
l’IA .
Nous avons parlé lors de ce forum des outils open source novateurs, alors que nous
dans les années antérieurs on payait très cher pour avoir de tels logiciels, on essaie
de faire comprendre aux nouvelles générations combien elles ont de la chance
aujourd’hui. Et pour avoir l’un des premiers réalisateurs à faire des longs métrages
avec des logiciels comme Blender ou Unreal Engine ils ont été très curieux de savoir
comment nous y sommes parvenus avec si peu de moyens. Venant d’Afrique, plus
précisément du Congo-Brazzaville, et né à Pointe-Noire, cela leur permet de mesurer, dans
ces pays à forte avance technologique, à quel point le continent africain regorge de talents qui
ne demandent qu’à être révélés. C’est pour moi un immense honneur. Je pense que oui,
l’Afrique a sa place dans la sphère des nouvelles technologies d’animation .

6 / Asos : En 2025, vous affirmez avoir repoussé les limites de l’animation 3D,
de la capture de mouvement et des technologies 3D en temps réel. En quoi est-
ce une avancée majeure et que cela change-t-il concrètement dans la création
de films d’animation ?

D.F : En quatre ans , nous avons multiplié par quatre le temps de production, les méthodes
artistiques avec l’intégration dans notre pipeline de production le temps réel. Le temps réel
c’est un outils qui vous permet de voir au même moment que vous travaillez, sans attendre
forcément que l’ordinateur fasse des calculs avant d’avoir le rendu du travail effectué et ça
vous permet de gagner en temps, de réduire les coûts de production. Le temps réel vous donne
une certaine liberté artistique. Vous pouvez modifier des plans, des séquences alourdir une
séquence avec plusieurs personnage dans une scène . Donc c’est une opportunité aussi pour
des pays qui n’ont pas des financements conséquents en terme de production de rendre tout de
même un travail de qualité.

7/Asos : Quel est aujourd’hui votre rapport avec l’Afrique ?
Pensez-vous que le cinéma et l’animation peuvent réellement contribuer à faire bouger
les lignes sur le continent, aussi bien sur le plan culturel qu’économique ?

D.F : Je reste optimiste et convaincu que l’animation peut fortement contribuer à faire évoluer
les mentalités sur le continent. À travers le soutien, les master class et le partage de modèles
économiques, chacun peut apporter sa pierre à l’édifice.
L’exemple d’Hollywood montre comment le cinéma a façonné l’imaginaire et le mindset de
plusieurs générations : ce que nous voyions à l’écran nous inspirait et nous donnait envie de
nous identifier à ces images. Pour y parvenir en Afrique, il est essentiel de travailler main
dans la main et d’avancer en harmonie avec nous-mêmes.

8/ Votre parcours n’a sans doute pas été sans obstacles. Quelles difficultés
majeures avez-vous rencontrées et qu’est-ce qui vous pousse, malgré tout, à
continuer et à aller de l’avant ? Et pour finir, quels sont vos projets à venir en Afrique, et plus
particulièrement au Congo ?

D.F : Une fois qu’on a choisi son parcours et que l’on est certain de sa vocation, il faut se
donner les moyens d’aller au bout, malgré les difficultés. Aimer ce que l’on fait, y croire et
comprendre que chacun est responsable de transformer son imagination en réalité est
essentiel.
Je travaille déjà sur des projets en Afrique. Le Congo est un objectif que je me suis fixé à
moyen terme, d’ici deux à trois ans, afin d’y adapter et d’y déployer des méthodes de
production éprouvées, en tenant compte des réalités et des besoins du pays.

Propos recueillis par Ame césar SEHOSSOLO